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Collection de minéraux
Université Pierre et Marie Curie

La collection, toute une histoire !

  1. La naissance de la minéralogie moderne
  2. La naissance d'une collection et son expansion au cours du 19e siècle
  3. Une collection à tous vents
  4. Un don inespéré, une décision capitale
  5. Le temps des missions : d'aventures en découvertes
  6. De la Sorbonne à Jussieu : une vision renouvelée des minéraux
  7. Une collection au cœur de la Cité
  8. La collection à l’orée du 21e siècle

 

La naissance de la minéralogie moderne

Vers la fin du 18e siècle, Jean-Baptiste Romé de l'Isle (1736-1790) entreprend de classer les minéraux selon leurs formes cristallines. Cette hypothèse était alors hardie. Pour Buffon : "… c'est gratuitement et sans réflexion qu'on a voulu faire de la forme de cristallisation un caractère spécifique et distinctif de chaque substance (…) dans la nature il n'y a rien d'absolu, rien de parfaitement régulier". Romé de l'Isle dément Buffon en découvrant la loi de constance des angles (1783) qu’il énonce ainsi : "au milieu des variations sans nombre dont la forme primitive d'un sel ou d'un cristal quelconque est susceptible, il est une chose qui ne varie point, et qui reste constamment la même dans chaque espèce ; c'est l'angle d'incidence ou l'inclinaison respective des faces entre elles".

Peu après, René-Just Haüy (1743-1822) explique cette loi et prévoit les angles possibles grâce à un modèle théorique où les cristaux résultent de l'empilement de petits parallélépipèdes tous identiques. Grâce à ces deux savants, la cristallographie moderne voit le jour. La France est à l'avant-garde de cette discipline et incidemment de la minéralogie.

La naissance d'une collection et son expansion au cours du 19e siècle

Dans ce contexte, lorsque Napoléon décide de réorganiser les Universités, il n'oublie pas la minéralogie. Par décret impérial du 14 avril 1809, la chaire de minéralogie est créée au sein de la Faculté des Sciences de Paris. Son premier titulaire est Haüy. Il est probable qu'il ait utilisé des minéraux pour illustrer son cours mais rien ne le confirme. Son successeur, de 1822 à 1840, François-Sulpice Beudant (1787-1852) reprend cette chaire et entreprend la constitution d'une collection. Le premier achat de 1146 minéraux, pour la somme de 5526,50 francs (25 février 1823), absorbe la presque totalité des crédits de la Faculté. Grâce à cette première collection, Beudant reprend la classification des minéraux et y introduit les progrès récents de la chimie. De nombreux minéraux portent encore le nom qu'il leur a affecté.

Son successeur, Gabriel Delafosse (1796-1878) occupe cette chaire de 1841 à 1876. Il consacre une grande partie de ses recherches à la cristallographie et, en particulier, aux relations qu'il y a entre la molécule chimique et la forme cristalline. Il poursuit aussi le travail d'enrichissement de la collection avec l'achat, en 1847, de 4000 échantillons auprès du professeur suisse Jurine. Il faut une intervention du Ministère de l'Education auprès des chambres des représentants pour obtenir la somme de 20 000 francs demandée. Après ces deux achats importants, la collection s'accroît au gré de l'activité des assistants et préparateurs qui s'en occupent. Elle reçoit aussi les dons de membres de la Société Française de Minéralogie, créée le 21 mars 1878, dont le siège est à la Sorbonne.

Durant ce siècle, la collection est un réservoir où les savants du laboratoire viennent puiser les matériaux pour leurs recherches. Celles-ci explorent des voies originales, de plus en plus éloignées de la classification des espèces minérales. Charles Friedel (1832-1899) s'intéresse surtout à la chimie des minéraux. Son successeur, Paul Hautefeuille (1836-1902), essaie de reproduire les cristaux qu'il observe à loisir à la collection ; il est le premier à synthétiser des émeraudes. Frédéric Wallerant (1858-1936) tente une réforme de la cristallographie pour expliquer les curieux phénomènes dont les minéraux sont le siège : il inaugure ce qui deviendra la physique de la matière condensée. À cette mission de recherche s’ajoute celle d’enseignement.

Les différents responsables de la collection ont cependant été sensibles, de tous temps, aux charmes des minéraux, et ne se sont pas contentés d’acquérir des minéraux didactiques ou utiles. C’est ce que confirme Jean-Pierre Alibert, découvreur des gisements de graphite de Sibérie et amateur passionné de minéralogie lorsqu'il écrit, en 1901, que : "la collection de la Faculté des Sciences à la Sorbonne s'adresse aux savants et aux artistes".

Une collection à tous vents

Pourtant, la fin du 19e siècle inaugure une période difficile pour la collection. Le laboratoire de minéralogie a été transféré pendant la construction de la nouvelle Sorbonne, la collection est stockée dans un hangar dans des conditions de conservation déplorables. Le 5 août 1889, la Sorbonne est inaugurée et la collection est installée dans la bibliothèque du laboratoire : elle y demeurera près de 80 ans. Peu protégés et trop accessibles, des spécimens de qualité souffrent des manipulations et sont définitivement détériorés. On teste, par exemple, les cristaux de topaze d'un coup de marteau pour observer une fracture plane (un clivage), certains rares minéraux d'argent sont différenciés en frottant les cristaux sur de la porcelaine dépolie, etc. Les recherches mettent aussi à mal les cristaux : Frédéric Wallerant s'intéresse beaucoup à leurs déformations sous contrainte. Peu de minéraux de qualité, acquis au 19ème siècle, ont survécu et moins d'une douzaine d'entre eux est actuellement exposée.

Les pertes humaines de la première guerre mondiale, ont affecté les activités du laboratoire. Heureusement il va peu à peu se relever et jouer, grâce à Charles Mauguin (1878-1958), un rôle de pionnier en radiocristallographie par rayons X. Le rythme d'acquisition de nouveaux minéraux reste cependant faible. En 1948, la chaire inaugurée par Haüy devient la chaire de minéralogie et de cristallographie.

Un don inespéré, une décision capitale

Le destin de la collection change, en 1954 avec l'acquisition d'une partie de la prestigieuse collection du colonel Louis Vésignié (1870-1954). Le professeur Jean Wyart (1902-1992), directeur du laboratoire, prend alors une décision capitale : les spécimens prestigieux seront protégés et à terme installés dans un lieu d'exposition sûr. Aux missions pédagogique et scientifique de la collection, il en ajoute une autre, muséologique : les meilleurs spécimens deviennent objets de Patrimoine. Claude Guillemin (1923-1994) a alors la lourde tâche, tout en préparant sa thèse de doctorat, de reconstituer toute la collection dans le nouvel aménagement des armoires et des vitrines.

Le temps des missions : d'aventures en découvertes

Les années 1950 sont, pour la minéralogie descriptive, une période curieuse. L'enseignement de cette discipline décroît inexorablement dans les universités et les grandes écoles, le laboratoire de la Sorbonne par exemple, est de plus en plus engagé en radiocristallographie. Cependant la demande en matières premières est immense et la minéralogie de terrain connaît une période faste. Les missions se succèdent à un rythme soutenu et s'accompagnent de récoltes de minéraux. En 1954, Pierre Bariand entre au laboratoire et s'investit peu à peu dans la charge de conservateur qu'il occupera jusqu'à sa retraite en 1998. Il classe les échantillons et surtout effectue, durant plus de deux décennies, des missions (Iran, Gabon, Afghanistan) qui permettent la découverte de nouvelles espèces par le laboratoire, et la constitution d'une formidable réserve pour les échanges.

De la Sorbonne à Jussieu : une vision renouvelée des minéraux

Les derniers temps de la collection à la Sorbonne sont marqués par les événements de mai 1968. La collection est en danger et tout le personnel du laboratoire se mobilise pour la garder, jour et nuit. En 1969, la nouvelle Faculté des Sciences de Jussieu (Université Pierre et Marie Curie) est presque achevée. Le laboratoire et la collection déménagent, le personnel du laboratoire se mobilise à nouveau. Grâce à de multiples précautions, il y a peu de dégâts durant le transfert. La nouvelle salle d'exposition bénéficie des innovations conçues par l'architecte Vincenot pour la salle des Joyaux de la couronne d'Iran. Inaugurée en 1970, elle connaît un succès jamais démenti et attire des visiteurs de marque. Parmi eux, Paul Desautels (1920-1991), conservateur à la Smithsonian Institution à Washington, impressionné, invite Bariand à découvrir les collections états-uniennes et la bourse minéralogique de Tucson (Arizona). C'est un choc : un marché actif, alimenté par les riches gisements des États-Unis, du Mexique, d'Afrique et du Brésil, offre à la vente ou à l'échange des minéraux d'une qualité jusqu'alors inconnue. Plusieurs conclusions s'imposent : beaucoup de minéraux de la collection sont déclassés, le niveau moyen doit être rehaussé et, pour acquérir des spécimens de grande qualité, il faudra de plus en plus fréquenter les manifestations commerciales. Le temps des missions va peu à peu s'achever.

Une collection au cœur de la Cité

Située dans un lieu central mais peu accessible, dans une salle en sous-sol ouverte au public deux après-midi par semaine, la collection doit se faire connaître au public. L'accès aux medias a été facilité avec la réalisation précoce de photographies, de cartes postales et d'ouvrages. L'année 1982 marque la naissance de l'association des Amis de la collection de Minéraux de la Sorbonne (A.MI.S.) qui participe au développement de la collection. En 1993, un accès direct à la rue Jussieu, la « galerie de mine », est réalisé. L'accueil au public devient une charge importante. Des expositions temporaires à caractère pédagogique sont réalisées et des catalogues sont édités.

La collection à l’orée du 21e siècle

En ce début du 21e siècle, la collection de minéraux (on devrait ajouter "et de cristaux") affiche un bilan exemplaire. Si elle n'a pas sombré comme nombre de collections héritées du 19e siècle, elle le doit à son dynamisme, à la synergie entre elle et l'ensemble du laboratoire, au soutien de l'Université et, enfin aux apports de l'A.MI.S. et d'autres mécènes. À ses missions premières, scientifiques et pédagogiques, elle en a ajouté d'autres, patrimoniales, muséologiques et médiatiques. Elle est devenue une référence internationale que beaucoup de pays nous envient.

Elle connaît pourtant une période difficile à cause de deux minéraux fibreux, la riebeckite et la chrysotile, qui sont les constituants de l’amiante. Utilisée massivement pour protéger les constructions métalliques, il est apparu que l’amiante est dangereuse et responsable de maladies terribles. Son interdiction d’utilisation a conduit à la décision de réfection du campus de Jussieu et à une réorganisation des laboratoires. En 2005, le Laboratoire de Minéralogie-Cristallographie de Paris (LMCP) devient l’Institut de Minéralogie et de Physique des Milieux Condensés (IMPMC). En 2006, la collection déménage dans un lieu provisoire, accessible au public,  pour une période d’environ 6 ans avant d’être installée définitivement dans une partie rénovée du campus. Dans ces deux lieux, le mode de présentation des minéraux est conservé.

 

29/09/15